Épicondylite : comprendre et traiter le "tennis elbow"
L’épicondylite latérale, communément appelée “tennis elbow”, est l’une des pathologies les plus fréquentes du coude. Malgré son nom, elle ne touche pas que les joueurs de tennis !
Anatomie et physiopathologie
Localisation anatomique
L’épicondylite affecte les tendons des muscles extenseurs du poignet et des doigts qui s’insèrent sur l’épicondyle latéral de l’humérus.
Muscles concernés
- Extenseur radial du carpe : Principal responsable
- Extenseur commun des doigts : Souvent impliqué
- Extenseur ulnaire du carpe : Parfois touché
Mécanisme lésionnel
La répétition de gestes d’extension du poignet contre résistance provoque :
- Micro-traumatismes : Lésions tendineuses répétées
- Dégénérescence : Altération de la structure collagénique
- Inflammation : Réaction locale avec douleur
Facteurs de risque
Activités professionnelles
- Travail sur ordinateur : Mouvements répétitifs du poignet
- Bricolage : Utilisation d’outils vibrants
- Cuisine : Gestes de coupe et mélange répétitifs
- Jardinage : Bêchage, taille, arrosage
Activités sportives
- Tennis : Revers mal exécuté (d’où le nom)
- Golf : Impact répété avec le sol
- Escalade : Préhension prolongée
- Musculation : Exercices d’extension excessive
Facteurs individuels
- Âge : 35-55 ans (pic de fréquence)
- Sexe : Légèrement plus fréquent chez les hommes
- Anatomie : Certaines variantes favorisantes
Symptômes cliniques
Douleur caractéristique
- Localisation : Face externe du coude
- Irradiation : Vers l’avant-bras et parfois le poignet
- Caractère : Brûlante, parfois lancinante
- Horaire : Souvent majorée le matin
Signes fonctionnels
- Faiblesse : Difficulté à serrer fermement
- Douleur aux gestes : Tourner une poignée, soulever
- Raideur matinale : Sensation de coude “rouillé”
Tests cliniques spécifiques
- Test de Cozen : Extension contrariée du poignet
- Test de Mill : Étirement passif des extenseurs
- Test de la chaise : Soulèvement impossible
Examens complémentaires
Échographie
- Examen de première intention : Non irradiant, accessible
- Signes typiques : Épaississement tendineux, zones hypoéchogènes
- Guidage thérapeutique : Pour infiltrations
IRM
- Indication : Échec du traitement, diagnostic difficile
- Précision : Analyse fine des lésions tendineuses
- Bilan pré-chirurgical : Évaluation de l’étendue lésionnelle
Radiographies
- Intérêt limité : Élimination de pathologies osseuses
- Calcifications : Parfois visibles dans les formes chroniques
Traitements conservateurs
Phase aiguë (0-6 semaines)
Repos relatif :
- Éviction des gestes déclenchants
- Adaptation du poste de travail
- Attelle de repos nocturne
Traitement médical :
- Anti-inflammatoires per os (AINS)
- Antalgiques si nécessaire
- Cryothérapie locale
Phase subaiguë (6 semaines - 3 mois)
Kinésithérapie :
- Étirements des extenseurs
- Renforcement excentrique progressif
- Massages transverses profonds
- Physiothérapie (ultrasons, ondes de choc)
Infiltrations :
- Corticoïdes : Effet anti-inflammatoire
- PRP (Plasma Riche en Plaquettes) : Stimulation cicatricielle
Adaptations ergonomiques
- Poste informatique : Souris ergonomique, repose-poignet
- Sport : Correction technique, matériel adapté
- Travail manuel : Outils anti-vibrations, pauses régulières
Traitement chirurgical
Indications
- Échec du traitement conservateur après 6-12 mois
- Gêne fonctionnelle importante dans la vie quotidienne
- Lésions étendues à l’imagerie
Techniques chirurgicales
Arthroscopie du coude
Avantages :
- Technique mini-invasive
- Récupération plus rapide
- Exploration complète de l’articulation
Principe :
- Résection de la zone dégénérative
- Micro-perforations osseuses (stimulation cicatricielle)
- Libération capsulaire si nécessaire
Chirurgie ouverte
Indications : Lésions très étendues, reprises chirurgicales
Technique de Nirschl :
- Résection du tissu dégénératif
- Suture tendineuse
- Décortication de l’épicondyle
Prévention
Conseils techniques
- Échauffement : Avant toute activité répétitive
- Technique : Apprentissage des gestes corrects
- Matériel : Adaptation aux morphologies individuelles
- Progression : Augmentation graduelle des sollicitations
Renforcement préventif
- Exercices d’étirement quotidiens
- Renforcement équilibré (fléchisseurs/extenseurs)
- Travail de proprioception
Pronostic et résultats
Traitement conservateur
- 80-90% de guérison avec traitement bien conduit
- Délai moyen : 6-18 mois selon la sévérité
- Récidives possibles : Si facteurs de risque persistants
Chirurgie
- Succès : 85-95% de bons résultats
- Délai de récupération : 3-6 mois
- Retour au sport : 4-6 mois selon le niveau
Conclusion
L’épicondylite est une pathologie bénigne mais potentiellement invalidante. La prise en charge précoce et adaptée permet dans la grande majorité des cas une guérison complète.
La patience est de mise car la cicatrisation tendineuse demande du temps. N’hésitez pas à consulter dès l’apparition des premiers symptômes pour optimiser votre prise en charge.
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