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Prothèse d'épaule

Durée : 60 à 120 min
Hospitalisation : Ambulatoire possible, ou hospitalisation selon les cas
Récupération : Attelle de 2 à 6 semaines, reprise progressive à partir de 3 mois
Anesthésie : Générale + bloc interscalénique

La prothèse d’épaule remplace les surfaces articulaires usées (tête de l’humérus et/ou glène) par des implants en métal et en polyéthylène. L’arthrose est une usure du cartilage, qui provoque douleur, raideur et perte de fluidité du mouvement. Le cartilage usé ne repousse pas : la prothèse est le seul traitement qui le remplace.

Quand on l’envisage

Trois situations principales :

  1. Omarthrose (arthrose de l’épaule) : usure du cartilage avec douleurs et raideur qui restent invalidantes malgré le traitement non chirurgical.
  2. Omarthrose excentrée (cuff tear arthropathy) : destruction de l’articulation après une rupture massive et ancienne de la coiffe des rotateurs.
  3. Fracture complexe de l’humérus proximal : fracture déplacée qu’on ne peut pas reconstruire avec des vis ou une plaque, notamment chez la personne âgée.

Avant d’en arriver là, on propose les antalgiques, les anti-inflammatoires, les infiltrations (cortisone, acide hyaluronique) et la rééducation. Ces traitements ne réparent pas le cartilage mais peuvent retarder l’opération.

L’opération n’est pas urgente : c’est une opération de confort. On la propose quand la gêne est suffisamment invalidante et que les autres traitements ne suffisent plus. L’arthrose progresse lentement : douleur, raideur et déformation osseuse augmentent avec le temps, et attendre trop longtemps peut diminuer le résultat final. La décision se prend avec vous, après l’examen et l’imagerie.

Bilan préopératoire

  • Radiographies (face, profil, Lamy) : usure de l’articulation, déformation osseuse, position de la tête humérale.
  • Scanner : forme de la glène et qualité de l’os, planification de l’implant. Il est indispensable dès qu’une prothèse est envisagée.
  • IRM : état de la coiffe (intégrité, dégénérescence graisseuse, rétraction), qui oriente le choix du type de prothèse.

Les deux types de prothèse

Prothèse anatomique. Elle reproduit l’anatomie normale de l’épaule. Elle suppose une coiffe intacte et fonctionnelle, pas de déformation osseuse importante et un os de bonne qualité. Les mobilités sont alors proches de la normale. Si ces conditions ne sont pas réunies, le risque d’usure précoce est important.

Prothèse inversée. La sphère est fixée sur l’omoplate et la cupule sur l’humérus, ce qui permet au deltoïde de compenser l’absence de coiffe. Elle est indiquée quand l’épaule est très abîmée : rupture massive de coiffe non réparable, déformation osseuse importante, os fragile, fracture complexe. Elle fonctionne même sans coiffe, avec un compromis sur certaines mobilités, en particulier la rotation externe. Le risque de luxation de la prothèse y est plus élevé.

Le choix se fait après l’examen clinique, le scanner et l’IRM.

Déroulement

  • Anesthésie : générale, avec un bloc interscalénique (un cathéter qui endort le bras). L’anesthésie générale est plus légère et il n’y a pas de douleur au réveil. Le cathéter reste en place 3 jours à domicile.
  • Voie d’abord : voie antérieure delto-pectorale (entre deux muscles, à l’avant de l’épaule).
  • Gestes : résection des surfaces usées, pose des implants (tige humérale, tête prothétique, glène en polyéthylène ou plateau glénoïdien selon le type).
  • Durée : 60 à 120 minutes selon la complexité et le type de prothèse.
  • Mode : ambulatoire possible (entrée le matin, sortie le soir), avec l’accord de l’anesthésiste. Une hospitalisation reste possible selon votre préférence ou les contraintes médicales.

Ce qu’on peut en attendre

L’objectif est une épaule moins douloureuse et mobile. Le résultat dépend de l’état de l’articulation avant l’opération, du type de prothèse et de la rééducation. La prothèse ne rend pas une épaule neuve : la durée de vie estimée d’une prothèse est de 15 à 20 ans, après quoi une reprise peut être nécessaire.

Limites et risques

  • Complications rares : hématome, lésion nerveuse ou vasculaire, phlébite.
  • Infection : risque particulier, parce que l’implant est un corps étranger. La prévention comprend une consultation dentaire avant l’opération (tout foyer infectieux dentaire doit être traité), un gel de peroxyde de benzoyle (Cutacnyl) appliqué le soir sur l’épaule et le creux de l’aisselle la semaine précédente, un badigeon antiseptique au bloc, et des soins de pansement rigoureux. En cas de soins dentaires ou d’infection à distance, prévenez le chirurgien : une antibioprophylaxie peut être nécessaire.
  • Luxation de la prothèse : le déboîtement de l’implant, plus fréquent avec la prothèse inversée. Éviter les mouvements à risque après l’opération.
  • Descellement et usure : usure des pièces ou décrochage de l’implant de l’os, qui peut nécessiter une nouvelle opération à long terme.
  • Tabac : il altère la cicatrisation et augmente le risque d’infection. Un arrêt au moins 8 semaines avant l’opération et pendant la convalescence est recommandé.
  • Algoneurodystrophie (syndrome douloureux régional complexe) : le membre devient gonflé, rouge, douloureux et raide. Elle n’empêche pas de retrouver une bonne épaule mais allonge la récupération, de 18 mois en moyenne. Deux facteurs favorisants se travaillent : une douleur postopératoire forte (d’où le cathéter et les antalgiques dès le début) et le contexte psychologique (affaires en cours : mieux vaut s’organiser pour être serein après l’opération).

Suites opératoires

  • De J0 à 2-6 semaines : attelle avec coussin d’abduction. La durée, de 2 à 6 semaines, dépend de l’état du tendon constaté pendant l’opération. Vous pouvez retirer l’attelle pour vous laver, manger et vous habiller, sans activité du bras.
  • De 2-6 semaines à 3 mois : mobilisation progressive, vie quotidienne calme. Ne pas forcer, ne pas tomber, ne pas prendre de coups. Pas de charge ni d’efforts brusques.
  • À partir de 3 mois : reprise progressive des activités, y compris physiques, avec renforcement musculaire. Natation et vélo plus tôt, sports de contact et de force plus tard.

La douleur est modérée et normale pendant plusieurs semaines. Les antalgiques se prennent régulièrement dès le début, sans attendre la douleur. Hématomes et gonflement sont normaux. Glace 15 à 20 minutes plusieurs fois par jour, jamais directement sur la peau. Le repos concerne l’ensemble de l’activité quotidienne.

Les auto-étirements commencent dès le troisième jour (exercices pendulaires, mobilisation passive douce). Un kinésithérapeute n’est pas obligatoire au début si ces exercices sont bien faits ; l’intensité et la régularité comptent plus que la complexité. À long terme, le port de charges lourdes est déconseillé et un suivi radiologique régulier surveille l’implant.


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