Réparation du tendon distal du biceps
Le tendon distal du biceps attache le muscle du biceps sur le radius, juste sous le coude, sur un relief appelé tubérosité bicipitale. Quand il se rompt, le plus souvent lors d’un effort brutal contre une charge lourde, il s’arrache de cette attache et remonte dans le bras. Le biceps étant le principal muscle qui tourne l’avant-bras paume vers le haut, la rupture fait perdre surtout de la force de rotation, et à un moindre degré de la force de flexion du coude.
La réparation consiste à ramener le tendon à son attache d’origine et à le fixer solidement à l’os, le temps qu’il cicatrise.
Quand on l’envisage
On propose la réparation après une rupture du tendon distal du biceps :
- chez un patient actif, un travailleur manuel ou un sportif ;
- quand la force de rotation de l’avant-bras compte, en particulier du côté dominant ;
- dans les ruptures partielles, après échec de plusieurs mois de traitement sans chirurgie.
Le délai compte. Dans les premières semaines, le tendon peut en général être réinséré directement. Au-delà, il se rétracte et cicatrise dans une mauvaise position : la réparation devient plus difficile, et une greffe de tendon peut être nécessaire. Il vaut donc mieux faire le diagnostic et prendre la décision rapidement.
Le traitement sans chirurgie reste une option chez les patients peu demandeurs en force : le coude garde une flexion fonctionnelle, au prix d’une perte durable de force et d’endurance en rotation.
Déroulement
- Anesthésie : générale ou locorégionale, avec un bloc du membre supérieur.
- Installation : sur le dos, bras sur un appui ; garrot à la racine du bras.
- Mode : le plus souvent ambulatoire ; une nuit d’hospitalisation est parfois nécessaire.
- Durée : 45 à 90 minutes, selon la technique et l’ancienneté de la rupture.
Les étapes : incision au pli du coude ; repérage et protection de la branche sensitive de la peau de l’avant-bras (nerf cutané latéral) ; récupération du tendon rétracté, qui est nettoyé et préparé avec des fils solides ; exposition de la tubérosité du radius en protégeant les nerfs et vaisseaux voisins ; fixation du tendon sur l’os ; contrôle de la solidité de la réparation dans les mouvements du coude et de l’avant-bras.
Une ou deux incisions
Deux grandes familles de techniques existent :
- une seule incision, au pli du coude : le tendon est fixé sur le radius par un petit implant (un bouton qui prend appui sur l’os, une ancre ou une vis) ;
- deux incisions, l’une au pli du coude, l’autre à la face arrière de l’avant-bras : le tendon est passé jusqu’au radius et fixé par des fils passés dans l’os.
Les deux approches donnent de bons résultats ; elles diffèrent surtout par le profil de complications (atteinte nerveuse un peu plus fréquente avec une seule incision, ossifications un peu plus fréquentes avec deux incisions). Le choix dépend de l’expérience du chirurgien. D’autres chirurgiens procèdent autrement.
Rupture ancienne
Quand le tendon est trop rétracté ou de mauvaise qualité pour être ramené jusqu’au radius, la réparation peut nécessiter une greffe de tendon pour combler le défaut. L’intervention est alors plus longue, et la récupération plus lente et moins prévisible.
Ce qu’on peut en attendre
Après une réparation précoce, la plupart des patients récupèrent une force proche de celle de l’autre côté, en flexion comme en rotation, et un usage normal du coude dans la vie quotidienne, le travail et le sport. Une petite perte d’amplitude en rotation ou en fin d’extension est possible. Les résultats sont en général moins bons dans les ruptures anciennes. Cela ne vaut pas pour tous les patients.
Limites et risques
- Atteinte du nerf cutané latéral de l’avant-bras : engourdissement ou sensations désagréables de la face externe de l’avant-bras. C’est la complication la plus fréquente ; elle est le plus souvent temporaire.
- Atteinte de la branche profonde du nerf radial : faiblesse de l’extension des doigts et du pouce, rare, en général temporaire.
- Ossifications autour du coude, pouvant limiter la rotation de l’avant-bras, voire, exceptionnellement, la bloquer : rares.
- Nouvelle rupture ou lâchage de la fixation : rare, le plus souvent lors d’un effort trop précoce.
- Raideur du coude : limitée par la mobilisation précoce.
- Infection, hématome, atteinte d’un vaisseau : exceptionnels.
Suites opératoires
- Jour de l’opération : pansement, glace, attelle ou écharpe selon le protocole. Sortie le jour même ou le lendemain.
- J10 à J15 : consultation de contrôle, retrait des fils si nécessaire.
- J0 à S6 : protection du tendon. Mobilisation du coude encadrée par le kinésithérapeute ; pas de port de charge, pas d’effort contre résistance en flexion ni en rotation.
- S6 à M3 : travail actif sans charge, puis renforcement progressif.
- M3 à M6 : renforcement en force, reprise progressive des travaux de force et du sport.
- Conduite : en général après quelques semaines, quand le coude est mobile et peu douloureux.
- Arrêt de travail : 2 à 6 semaines pour un travail de bureau, selon l’usage du bras ; 3 à 4 mois pour un travail de force.
Rééducation
- J0 à S6 : mobilisation douce du coude et de l’avant-bras, avec une extension complète retrouvée progressivement ; mobilisation libre de l’épaule, du poignet et des doigts ; glace et drainage pour l’œdème. Pas de contraction en force du biceps.
- S6 à M3 : récupération des amplitudes complètes, travail actif du biceps sans charge, puis avec des charges légères.
- M3 à M6 : renforcement progressif en flexion et en rotation, reprise des activités de force et du sport selon la récupération.
Le protocole est adapté à la solidité de la fixation, à la qualité du tendon et aux habitudes du chirurgien.
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