Bankart (réparation du bourrelet sous arthroscopie)
Le bourrelet glénoïdien (ou labrum) est un anneau de fibrocartilage qui entoure la glène, la cavité de l’omoplate où s’articule la tête de l’humérus, et l’approfondit. Lors d’une luxation d’épaule, il se décolle typiquement à l’avant et en bas : c’est la lésion de Bankart. La tête de l’humérus perd alors sa butée naturelle.
L’opération de Bankart consiste à réinsérer ce bourrelet sur le bord osseux de la glène avec des ancres résorbables. L’arthroscopie (caméra et instruments passés par de petites incisions) permet en même temps d’examiner toute l’articulation et de traiter les lésions associées.
Quand on l’envisage
La réparation de Bankart concerne l’instabilité antérieure après un traumatisme, avec une lésion du bourrelet identifiée et sans perte osseuse notable de la glène. Les conditions à réunir :
- lésion du bourrelet confirmée à l’imagerie (arthro-IRM ou arthro-scanner) ;
- perte osseuse de la glène inférieure à 15 à 20 % ;
- pas d’encoche de la tête humérale qui s’engage dans la glène (Hill-Sachs engageante) ;
- bourrelet de qualité suffisante pour être réinséré.
Elle convient surtout à une lésion isolée et bien limitée, chez un patient jeune, après une première ou une deuxième luxation, sans chirurgie antérieure de l’épaule.
Toutes les instabilités ne s’opèrent pas d’emblée. La rééducation de stabilisation est le premier traitement dans beaucoup de situations. Elle ne répare pas le bourrelet décollé : chez un patient jeune avec une lésion de Bankart confirmée, le risque de nouvelle luxation sans chirurgie est élevé.
En pratique, je réserve le Bankart arthroscopique aux lésions isolées, bien identifiées, sans perte osseuse significative : c’est une technique anatomique, qui répare ce qui est abîmé sans modifier l’os, et elle n’est efficace que si la sélection est stricte. Dès qu’il existe une perte osseuse glénoïdienne importante, ou chez un sportif à très forte demande, je préfère un Trillat ou un Latarjet, qui stabilisent plus solidement. D’autres chirurgiens font d’autres choix.
L’opération n’est pas urgente. Mais chaque nouvelle luxation aggrave les lésions du bourrelet, agrandit les défauts osseux et diminue les chances qu’un Bankart seul suffise. Attendre augmente le risque de devoir recourir à une technique plus lourde.
Déroulement
- Anesthésie : générale, associée à un bloc interscalénique (cathéter nerveux qui endort le bras), laissé 3 jours à domicile.
- Mode : ambulatoire (entrée le matin, sortie le soir), avec l’accord de l’anesthésiste et une personne présente à domicile le soir de l’intervention.
- Installation : demi-assis ou couché sur le côté.
- Étapes : bilan complet (bourrelet, cartilage, coiffe, long biceps, capsule) ; préparation du bord osseux de la glène ; pose de 2 à 4 ancres chargées de fils ; passage des fils dans le bourrelet et réinsertion contre l’os ; traitement des lésions associées si besoin.
- Durée : 45 à 75 minutes selon la complexité.
Ce qu’on peut en attendre
Dans les séries bien sélectionnées (lésion isolée, pas de perte osseuse, patient jeune), la récidive est en moyenne de 1 à 4 %. Quand la sélection est moins stricte (perte osseuse modérée, sport très sollicitant), le risque de récidive augmente. Le résultat dépend de la qualité de l’indication, de la technique et du respect des consignes.
Limites et risques
- Complications rares : infection, hématome, lésion nerveuse ou vasculaire, rupture de matériel, phlébite.
- Récidive (1 à 4 % en moyenne) : liée à l’importance des lésions, à une perte osseuse sous-estimée ou à un nouvel accident violent. L’épaule opérée est plus stable qu’avant le premier accident, mais aucune technique ne garantit une stabilité absolue. Une appréhension persistante sans luxation est possible.
- Raideur : surtout en rotation externe (bras tourné vers l’extérieur), liée à une capsule trop plicaturée ou à une immobilisation trop longue. Une rééducation rigoureuse est nécessaire.
- Algoneurodystrophie (syndrome douloureux régional complexe) : le membre devient gonflé, rouge, douloureux. Elle n’empêche pas la cicatrisation mais allonge la récupération, de 18 mois en moyenne. Trois facteurs favorisants sont modifiables : une douleur postopératoire forte (cathéter nerveux, antalgiques dès le début), une épaule raide avant l’opération, un contexte de stress (s’organiser pour être serein après l’opération).
Suites opératoires
- Jusqu’à 1 mois : attelle avec coussin d’abduction, en permanence, y compris la nuit. Elle peut être retirée pour se laver, manger, s’habiller, sans activité du bras. Pas de charge, pas de sport, pas de conduite. Ne pas tomber, ne pas prendre de coups. Dès le troisième jour : auto-étirements doux (pendulaire, mobilisation passive). Pas de rotation externe forcée pendant 6 semaines.
- De 1 à 3 mois : l’attelle est retirée. Les amplitudes reviennent progressivement. La rotation externe est récupérée avec prudence, sous contrôle du chirurgien, car le bourrelet doit cicatriser.
- À partir de 3 mois : renforcement musculaire (rotateurs externes, coiffe, deltoïde), travail de la stabilité, puis gestes sportifs spécifiques. Les sports qui sollicitent l’épaule reprennent souvent vers 4,5 mois, la performance vers 6 mois. Ces délais varient selon les patients.
Un kinésithérapeute n’est pas obligatoire au début si les auto-étirements sont bien faits ; la régularité compte plus que l’intensité. Le repos concerne l’ensemble de l’activité, pas seulement le bras opéré.
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