Trillat arthroscopique
L’opération de Trillat est une intervention de stabilisation de l’épaule instable. Elle modifie la position de la coracoïde, une apophyse de l’omoplate, pour que le tendon conjoint (court biceps et coraco-brachial) passe devant la capsule et retienne la tête humérale quand le bras est en position à risque (levé et tourné vers l’extérieur). C’est l’effet « hamac ».
À la différence du Latarjet, qui transfère un fragment osseux sur la glène, et du Bankart, qui répare le bourrelet, le Trillat repositionne la coracoïde sans transférer d’os sur la glène. L’effet stabilisateur est surtout dynamique (musculaire et tendineux). L’intervention est assistée par arthroscopie, ce qui permet d’examiner toute l’articulation dans le même temps.
Quand on l’envisage
Le Trillat est proposé dans l’instabilité antérieure récidivante de l’épaule, sans perte osseuse majeure de la glène (inférieure à 20 à 25 %), dans trois situations :
- une instabilité avec lésions du bourrelet quand un Bankart seul serait insuffisant, ou que la demande fonctionnelle justifie une stabilisation plus solide ;
- un patient sportif ou actif dont l’épaule instable le gêne ;
- une appréhension invalidante, même sans luxation franche.
La rééducation de stabilisation est souvent le premier traitement. La chirurgie se décide après les luxations, l’examen et l’imagerie, avec le patient.
Dans mon approche, le Trillat arthroscopique est la technique que je choisis le plus souvent pour une instabilité antérieure sans perte osseuse majeure, parce que la stabilisation musculaire préserve l’anatomie de l’articulation. D’autres chirurgiens préfèrent un Bankart ou un Latarjet dans la même situation.
L’opération n’est pas urgente : c’est une opération de confort, pas une obligation. Mais chaque nouvelle luxation aggrave les lésions (bourrelet, os, capsule) et augmente le risque de récidive après opération. Repousser indéfiniment n’est pas neutre.
Déroulement
- Anesthésie : générale, avec bloc interscalénique (cathéter nerveux qui endort le bras), laissé 3 jours à domicile.
- Mode : ambulatoire (entrée le matin, sortie le soir), avec l’accord de l’anesthésiste et une personne présente à domicile le soir de l’intervention.
- Installation : demi-assis.
- Étapes : temps arthroscopique d’abord, avec bilan du bourrelet, du cartilage, de la coiffe et du long biceps, et gestes associés si besoin ; puis repositionnement de la coracoïde sous contrôle arthroscopique ou par une courte incision, et fixation dans sa nouvelle position.
- Durée : 45 à 90 minutes selon la complexité et les gestes associés.
Ce qu’on peut en attendre
Une épaule plus stable, avec reprise des activités quotidiennes et du sport. Le résultat dépend de la situation avant l’intervention, de l’importance des lésions initiales, du nombre de luxations passées et du respect de la rééducation.
Limites et risques
- Complications rares : infection, hématome, lésion nerveuse ou vasculaire, rupture de matériel, phlébite.
- Récidive (1 à 4 % en moyenne) : liée à l’importance des lésions initiales, au nombre de luxations passées, à de nouveaux accidents violents. L’épaule opérée est plus stable qu’avant le premier accident, mais aucune technique ne garantit une stabilité absolue. Une appréhension sans luxation est possible.
- Pseudarthrose : la coracoïde repositionnée ne consolide pas. Elle peut laisser des douleurs et favoriser la récidive. C’est la raison des 3 mois sans forcer ni accident.
- Algoneurodystrophie (syndrome douloureux régional complexe) : le membre devient gonflé, rouge, douloureux. Elle n’empêche pas la cicatrisation mais allonge la récupération, de 18 mois en moyenne. Trois facteurs favorisants sont modifiables : une douleur postopératoire forte, une épaule raide avant l’opération, un contexte de stress.
Suites opératoires
- Jusqu’à 1 mois : attelle avec coussin d’abduction, en permanence, y compris la nuit. Elle peut être retirée pour se laver, manger, s’habiller, sans activité du bras. Pas de charge, pas de sport, pas de conduite. Ne pas tomber, ne pas prendre de coups. Auto-étirements doux dès le troisième jour. Glace 15 à 20 minutes, jamais sur la peau nue.
- De 1 à 3 mois : l’attelle est retirée, la mobilité revient progressivement. Pas de charge, pas de sport engagé.
- À partir de 3 mois : reprise très progressive des activités et renforcement musculaire (pas avant 3 mois). Les sports qui sollicitent l’épaule reprennent souvent vers 4,5 mois, la performance vers 6 mois. Ces délais varient selon les patients.
Un kinésithérapeute n’est pas obligatoire au début si les auto-étirements sont bien faits, mais la régularité est indispensable. Le repos concerne l’ensemble de l’activité, pas seulement le bras opéré. Les antalgiques se prennent dès le début, sans attendre la douleur.
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